Economie

Haîti : le processus d'industrialisation 1860-1980

factory-workers

Par Prof Vernet Larose --- L'inauguration du parc industriel de Caracol soulève des questions controversées selon sa positon sociale, du côté du patronat ou en solidarité avec le travail. Moi, j'examine le rapport salarial, particulièrement la valeur de la force de travail, dans la perspective relative à la formulation d'une politique de développement qui tend à faire advenir une société salariale. Je me pose cette question : Caracol, lèche-vitrines d'enclaves de force de travail à bon marché ou politique "d'industries industrialisantes" (de Bernis). Pays très peu industrialisé, cette esquisse vise à rappeler l'immense défi à relever. Disposons- nous cependant du leadership qui y convient?

" The Caracol industrial Park A Misguided Approach To Economic Development" Haiti Justice Alliance the weblog.

" Ces messagers annonçaient la création de 20 000 emplois au cours de cette année. La réalité en a décidé autrement. Quelle réalité?

Le Nouvelliste, 3 mai 2012.

Caracol va habiller le pays tout entier, plus d'importation de vêtements usagers et neufs, fini Panama, la Chine, Madan Sara? Destruction créatrice (Schumpeter) ? Mais le textile n'est pas une industrie industrialisante susceptible de dégager des externalités pouvant établir une correspondance entre normes de productio et de consommation (fordisme et émergence de l'urbain).

Au niveau du ménage, comment se chiffre son budget, 300 gourdes par j/s/m, taxes, ONA, OFATMA, auutres couvertures d'assurance?, logement, vêtemements, écoles, transport, loisirs, solidarité famille élargie, épargne, accès au crédit?...

Le processus d'industrialisation est très récent. Durant cent ans (1860-1960), 75 entreprises ont été construites dont 73 dans le secteur manufacturier. En 1961, 50 entreprises se sont installées et 229 entre 1971 et 1979.

Ce sont des entreprises de consommation courante : alimentation, boisson, tabac, de l'habillement, etc., des entreprises de sous-traitance des balles de baseball et de pièces électroniques. Le degré de capitalisation est très faible. Entre 1970 et 1980, l'investissement annuel moyen dans le secteur manufacturier s'élevait à 3 millions de dollars américains.

Quant aux industries de sous-traitance, leur participation dans l'exportation qui était de 6% en 1960-70 est passée à 28, 5% en 1978-79. C'est plus que la part du café pout cette année (26,5%) . Les industries d'assemblage occupent 3% de la population active; tandis que le café- 16% de la superficie cultivée d'Haïti- constitue une source de revenus pour 30% de la population totale.

Toute entreprise industrielle nouvelle qui s'installe en Haïti jouit d'une exemption totale de l' impôt durant une période de cinq ans. Et si elle s'installe dans le parc industriel et fabrique un ou plusieurs produits privilégiés, elle bénéficie d'une exemption totale d'impôt sur le revenu pendant une période de huit ans.

Le parc industriel offre aux investisseurs à des coûts modérés les infrastructures nécessaires à leur implantation. Les États des pays développés ont adpoté des dispositions tarifaires pour faciliter la délocalisation des segments de production : c'est le régime douanier dit de perfectionnement passif. Le droit de douane ne frappe que la valeur ajoutée à l'étranger.

Les charges salariales totales s'élevaient, en 1977, à environ 2, 40 dollars par jour et par employé en moyenne. Les inégalités des taux de salaire, à des taux de productivité égaux ou légèrement au-dessous permettent de réaliser des bénéfices substantiels par rapport à la main-d'oeuvre américaine : 33% dans la confection, 50% environ dans l'électronique.

L'État haïtien met place un double mécanisme. D'un côté, il crée les conditions afin que le capital retire des surprofits. De l'autre côté, il établit une politique fiscale qui apprauvit les producteurs de café. La part du paysan dans le commerce du café est passée, de 1955 à 1975, de 75% à 36%. Qui pis est, le paysan retirait à prix constant, un revenu de 33 cents pour chaque livre de café en grains, en 1955, et ne recevait plus en 1975 pour la même quantité que 0, 095 cent, soit quatre fois moins.

Le salaire minimum était fixé, en 1981, à 2, 65 dollars par jour (environ .33 cents l'heure). Cette faible valeur de la force de travail est liée à la politique fiscale qui mène à la paupérisation des parcellaires, favorise l'exode rural et assure aux entreprises une fluidité de la main-d'oeuvre.

Où se situe le cercle vicieux du sous -développement?

Prof Vernet Larose