Economie

Le paysan abandonné à la fureur des éléments

paysan-manicheOgé Dupond, paysan de la section communale de Damas (Maniche)  Photo - Abelard

Des sinistres les uns plus ravageurs que les autres jalonnent ces cinquante années consacrées à l'agriculture. Ogé Dupond, paysan de la section communale de Damas (Sud), se perd dans la liste des cyclones et tempêtes qui, durant la dernière décennie, ont détruit ses plantations. Comme de malheureux souvenirs, leurs noms lui reviennent difficilement à l'esprit.

« Depuis des années, à chaque cyclone, les ravines Gilette et Malot débordent et inondent nos jardins ». Deux semaines après le passage de l'ouragan Sandy sur Haïti, le cultivateur médite encore sur ses pertes : des récoltes de bananes et d'ignames. Et aussi du bétail. Au milieu de ses plantations ravagées, Ogé avoue d'une voix tremblante son impuissance face aux intempéries.

Comme les six millions de travailleurs du milieu rural, Ogé Dupond subit, ces derniers mois, les rigueurs d'un environnement fragile. « Cette année, la nature n'a pas souri au secteur agricole », estime Jacques Thomas, ministre de l'Agriculture. Après que la sécheresse eut sapé près de 40 % de ses récoltes, il y a eu la tempête Isaac et l'ouragan Sandy, qui ont porté le montant des dégâts dans le secteur à 254 millions de dollars américains (ce qui dépasse l'enveloppe des investissements publics prévue pour l'année).

Et voilà que, jeudi dernier, la fureur des éléments s'est abattue sur les plaines du Nord. Au total, 250 hectares de terres ont été affectées. Les pertes s'évaluent, pour l'instant, à 6 millions de dollars sans compter les têtes de bétail perdues. « Nous avons du pain sur la planche », reconnaît le ministre de l'Agriculture.

Dans le Sud, déjà, les prix des produits alimentaires ont grimpé dans plusieurs marchés. « Toutes nos ressources sont épuisées. Il y a une semaine, je suis allé solliciter de l'aide auprès de la mairie. Les responsables m'ont dit d'attendre mais le temps passe ». Des autorités gouvernementales, Ogé Dupont n'espère plus aucun secours.

« Ce n'est pas la première année que les dégâts naturels surviennent mais aucun support réel n'est donné aux paysans ». Cet agriculteur de 62 ans, qui a commencé à sarcler la terre dès son plus jeune âge, a appris à ne compter que sur lui-même. « Je suis un fils de la misère » confie-t-il.

Les arbres que les vents violents de l'ouragan Sandy ont abattus dans son jardin sont désormais destinés à faire du charbon de bois. « C'est le seul moyen qui me reste pour gagner un peu d'argent, repartir avec ma plantation et prendre soin de mes dix enfants » déclare-t-il.

Carl-Henry CADET
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Source:Le Nouvelliste