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Le Trait d'Union Entre Les Haitiens

Economie

Une source haïtienne d’aliments et de protéines

 

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Jean Erich René Ing. Agronome Économiste

La République d'Haïti est bordée par 1500 kilomètres de côtes très poissonneuses. Malheureusement nos pêcheurs, au nombre de 250.000, selon le Président de l'Association des Pêcheurs Haïtiens, sont sous équipés. Ils ne disposent que de petits canots ironiquement appelés bois fouillés. Ils ne peuvent pas s'aventurer en haute mer où la capture serait plus abondante, par crainte que leurs embarcations craquent sous l'effet de fortes vagues. Ils se voient obligés de ravitailler non loin du littoral en se contentant d'un maigre butin. Comme équipement, ils n'ont qu'un filet maillant ou un pluvier parfois troué sans les moyens pour les réparer et quelques crochets pour la pêche artisanale à la ligne. De plus, leurs barques à fond plat sont actionnées par une voile ou pis encore par des pagaies dont la force motrice ne permet pas de moissonner sur une longue distance au cours d'une journée. Ils doivent partir très tôt le matin pour rentrer assez tard le soir.

Il n'y a aucun plan d'avancement pour l'industrie de la pêche qui représente avec l'agriculture et l'élevage le deuxième moteur de croissance économique d'Haïti. 5 millions de gourdes, lit-on dans le budget national, c'est la portion congrue accordée au Bureau de Pêche incluant les salaires des employés. Que reste-t-il au quotient pour financer les pêcheurs? Zéro ! Pour se procurer un moteur et d'autres équipements, une avance de $2775 seulement c'est le montant que sollicite la COPPA ou Coopérative de Pêche de Petite Anse, un Quartier vraiment pauvre du Nord. La pêche est leur unique moyen de subsistance.

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L'ironie du sort c'est que le Gulf Stream, distributeur des poissons dans l'Océan Atlantique, passe au Nord d'Haïti à proximité du Môle St Nicolas, Anse Rouge, Anse d'Hailnaut et Tiburon. Aussi les côtes de ces villes sont très poissonneuses parce que leur plateau continental, c'est à dire l'habitat des poissons, baigne dans ce courant d'eau chaude qui facilite la croissance des planctons dont ils raffolent comme nourriture. On comprend bien la raison de leur prolifération sur les côtes septentrionales d'Haïti.


A l'échelle mondiale, l'industrie de la pêche est tellement lucrative que les nombreuses et voraces compagnies ont causé une rupture de stock au niveau de certaines espèces pélagiques (poissons) recherchées et très prisées par les fins gourmets. Pour maximiser leurs prises et détecter les bans de poissons en forte demande sur le marché, elles utilisent des moyens sophistiqués tels que :

  • Le sonar ou un système de repérage par son des colonies de poisson. Leur radio capte avec précision leurs coordonnées à bord du bateau de pêche,
  • La photographie électronique permet de détecter, grâce au contraste des couleurs des bans de poisson.
  • Les rayons infra rouges et ultraviolets arrivent à identifier la trajectoire des poissons qui se déplacent dans les périmètres de balayage photoélectrique.

littoral-haitiCette surexploitation de la faune marine causée par l'appétit glouton des compagnies de pêche est principalement due au fait que les océans font partie des eaux internationales accessibles à tous ceux qui ont les moyens adéquats. Pour éviter tout conflit les lois internationales fixent les limites du Plateau Continental de tout État côtier à 322 kilomètres ou 200 milles marins. La superficie du Plateau Continental d'Haïti jusqu'à l'Isobathe 200 mètres est de 5.857 km² Les frêles embarcations des pêcheurs haïtiens ne peuvent pas atteindre cette limite.

Pour voler à leur secours le Gouvernement de Taiwan avait apporté son assistance économique malheureusement accaparée par le PPP ou P. Président Pilleur, en fonction qui en a profité pour monter sa propre compagnie de pêche à l'insu de la Respublica en se foutant pas mal des pauvres petits pêcheurs de poissons. Il a autorisé les bateaux battants pavillons étrangers à pénétrer dans les eaux nationales pour piller notre faune marine.

Au cours d'un forum organisé par le Ministère de l'Environnement et Panos Caraïbes, le responsable de l'Association des pêcheurs
haïtiens Sterlin Pierre s'est écrié : « Pour l'année 2006, nous avions exporté 400.000 tonnes de poissons pour une valeur de US$ 7 millions, alors que pour la même année l'importation du poisson, appelé poisson « pèpè », a été de 23.000 tonnes évaluées à plus de US$ 15 millions, ce qui dévalue considérablement le produit national » Si les chiffres avancés par le Président de l'Association des Pêcheurs sont vrais, point n'est besoin d'être matheux pour calculer le coût de la tonne de poissons et évaluer la différence :

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 Le 29 février 2012 a été inauguré à Macary (Sud-est} un local pour l'entreposage des matériels de pêche grâce à un don de 585.000 Euros de la Coopération Espagnole. Tandis que le peuple crève de faim, les ressources halieutiques de notre Plateau Continental sont sous-exploitées ou du moins deviennent la proie des compagnies étrangères bénéficiaires de contrats exorbitants accordés par nos gouvernements passés. Le Thon que nous importons pullule non loin des côtes de Jacmel. Le sertissage du thon en Haïti appartient au domaine du possible. Nos côtes bourrées de poissons nous offrent une source haïtienne d'aliments et de protéines à bon marché.

Jean Erich René Ing. Agronome Économiste