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La question des assurances agricoles en Haïti

banque-nationale-creditEn 1978, j’ai acheté  une  propriété  á  Paillant pour dix mille dollars américains. J’ai bénéficié  de la complaisance d’un chauffeur  de bulldozer de la Reynold  Mining Corporation  qui fit gratuitement des opérations d’épierrement, d’excavation  , d’aménagement du terrain et de fouille d’une citerne d’un million litres d’eau de capacité .  Ces travaux   á  date m’auraient couté  dans un intervalle  de huit jours ininterrompus á l’époque  50.000 dollars verts.

A l’époque Je  sollicitais du BCA un prêt de 23.000 dollars  pour  faire les travaux de conservation de sol sur tout le terrain et pour faire des plantations de haricot. Apres évaluation de ma propriété, la  BCA me ft savoir qu’elle  ne pouvait me prêter que 12..000 dollars en échange par devant un notaire  de l’hypothèque de mon terrain qu’elle estimait ne pas dépasser 16.000 dollars  pour garantir son prêt…De fait les  12.000 dollars  représentaient á peine la moitie de mes besoins financiers  pour les travaux de conservation et de préparation de sol du haricot dont la récolte devrait servir pour une plantation de pomme de terre et d’igname. J’ai du accepter les conditions du BCA. J’achetai  et semai 500 marmites de haricot en utilisant les semences graines des paysans de la zone. La où le sol était plus ou moins fertile j’obtenais des rendements  de  huit pour un et dans les endroits pauvres  quatre pour un..La vente du  haricot ne  permettait même pas d’amortir  le prêt. Je perdis l’argent. je remboursai la dite somme sur mon chèque d’agronome, après arrangement entre le  ministre  Severin, le  BCA et moi.
 
Plus tard  suite á un essai de pomme de terre avec des semences que le ministère recevait de l’Europe, je fis une récolte  de quarante  pour un sur un huitième d’has.  Fort de cette  prouesse, je prêtai de l’argent sur le marché informel et  fis tous les investissements pour planter trois has de pomme de terre á trois mille dollars l’ha en bâtissant les  châteaux d’Espagne que me permettrait de construire la récolte de pomme de terre. Il arriva que pour planter les trois has de pomme de terre  les  semences améliorées et multipliées   n’étaient plus  disponibles .Utilisant le savoir traditionnel, je  me fiais  aux semences de Kenskof que les multiplicateurs  vendaient dans la zone. A mon insu  ces semences  étaient toutes infestées de  la maladie du flétrissement bactérien  et  du  mildiou . Tout marchait  très bien  lorsque, une pluie diluvienne de huit jours m’empêcha  tout traitement  fongicide pour prévenir les cas de maladie de mildiou et de pseudomonas. Dans l’espace de huit jours, ces deux maladies me ramenèrent  les pieds sur terre et  tous mes espoirs se fondaient en déceptions et frustrations par la perte  des trois  has  de plantation. . je venaisde perdre quinze mlle dollars. Je pourrais dire autant sinon plus sur la commercialisation des légumes  et de l’igname qui ne vous laisse aucune chance  de réussite sans l’organisation impossible  aujourd’hui encore de la chaine  de  la commercialisation

Logo MARNDRLe clous agricole de mes pertes  a  été  enfoncé dans ma chair avec la destruction  de mon élevage  porcin  florissant á cause  de la nourriture que je  ne trouvais pas á  acheter, malgré  une disponibilité de cash.
Aujourd’hui, trente deux ans après,  que les conditions techniques et économiques d’exploitation agricole sont devenues pires qu’ avant s’agite l’idée  des assurances agricoles   comme une incitation  au développement de l’agriculture haïtienne. Elle a   semblé trouver  un écho favorable au niveau de certaines banques commerciales très avares de leurs avoirs et de certains organismes internationaux qui croient avec les assurances  que le  risque des opérations de  crédit est réduit et  qu’une telle mesure représente un stimulus pour l’investissement  dans ce secteur. La première expérimentation de cette approche allait être faite au niveau  du cercle des initiés  de la  structure étatique qui aurait une expérience heureuse   dans la production sur commande de semences de banane, de  mini set de plans d’igname ou dans la production de quantité insignifiante de semences de haricot ou de mais .Ces initiés (employés de l’état et réseau d’ONG liges)  auraient signé  avec des organismes internationaux suspects des contrats de production de ces commodités.  Il faudrait souligner que ces  types de contrats  n’ont pas besoin de police d’assurance  parce qu’ils ne  comportent pas vraiment de risques significatifs de pertes de production ou de commercialisation .La matière de production est un produit fini qui nécessite seulement une certaine technologie de multiplication parfaitement maitrisable de ces initiés   á l’abri  des facteurs   biologiques  et des aléas  climatiques impondérables.

Sur le plan direct de la production agricole en Haïti l’utilisation d’assurances agricoles est  justifiée uniquement  par  les rapports maffieux  existant entre la coopération internationale en général et les structures de l’état qui sont á  la fois  concepteurs, exécuteurs, complices et bénéficiaires des avantages de la police d’assurance. Les risques de pertes dans la production de plants de banane, de plants d’igname qui sont deux produits  hautement lucratifs sont significatifs de la loi de l’offre et de la demande .Ils sont compensés par deux éléments nouveaux ,: le fonctionnement en réseau d’un groupuscule de producteurs et des ONG et  les différentes subventions dont ils étaient  bénéficiaires dans la mise en place des travaux couteux d’infrastructures de  base   Ailleurs le prix d’achat  exagérément  élevé des régimes de banane sur le marché  exclusif de Port-au-Prince dicté   par la rareté du produit est un cas de pathologie commerciale accepté par le gouvernement haïtien qui refuse  de régulariser le secteur. Si d’une part,  certains producteurs  peuvent  se retrouver sur le marché des plans de banane tolérants á  la maladie du Sigatoka noir á  cause des avantages préférentiels reçus, il faut admettre que la culture rentable de la banane á  l’Arcahaie est l’apanage d’ayant droits qui peuvent jouir  á  volonté  de la disponibilité en eau dans le projet PREPIPA ou ailleurs.’D’autre part  le réseau  d’agronomes  et hommes politiques qui dans la plaine de l’Arcahaie même,  réunit les conditions privilégiées d’exploitation de la banane et qui a  réalisé  lui-même  les premières expérimentations d’assurances agricoles  disposent  d’un maximum d’informations techniques et économiques   les permettant  de minimiser  les risques dont ne possèdent pas le commun des producteurs. Le capital accumulé lors des contrats antérieurs les autorise  á  risquer sans peur  15 á  20% des fonds  sans hypothéquer  le capital  foncier de leur  patrimoine .Ils savent que avec ou sans pertes ils seront remboursés.

agriculuture-du-rizEn parlant d’assurances agricoles, il faudrait  rappeler á  toutes fins utiles   une utilisation  antérieure maffieuse  des fonds  de  garantie comme  produit financier offert en 1995 par le  bureau agricole de crédit BCA  pour stimuler  l’investissement privé dans  la production  agricole, après le retour á  l’ordre dit constitutionnel . A cette époque lá , le MARNDR á  la recherche  de stratégies politiques  pour faciliter l’élection de proches alliés au sénat de la  république dans le département  de l’Artibonite  voulait  se servir  de  la culture de la tomate  pour canaliser l’électorat . Politiquement l’idée n’était pas mauvaise  car pour une fois  l’état prédateur  pensait á établir un rapport de cause á  effet  entre la politique et les groupes sociaux  qui détenaient ou le monopole de l’argent ou celui du vote électoral en milieu rural. Si l’idée de base était intégrée dans un cadre légal de promotion des partis politiques, elle aurait eu le mérite  de faciliter la constitution de  groupes d’intérêts économiques  qui s’identifieraient dans le temps á  un courant de politique qui deviendrait le parti de la paysannerie, comme c’est le cas dans les pays étrangers de syndicats agricoles  qui se réclament des partis  travaillistes, sociaux ou démocratiques. Pour implémenter  cette idée de fonds de garantie, le MARNDR  avait fait appel á  un actionnaire d’une banque aujourd’hui passée á  l’état haïtien. Cet actionnaire  était déjà  un investisseur agressif  dans la vente d’intrants agricoles dans le pays . Sa banque  exigeait pour souscrire á  cet appel la constitution  d’un fond de garantie estimé á  80% du fond de crédit pour la production de la tomate. Les  80% du fond de garantie ayant été déposés á  la dite banque , la compagnie privée bénéficiaire du contrat se lança dans les opérations de vente d’intrants nécessaires á  la production de la tomate sans tenir compte de la supervision du crédit et de l’encadrement des producteurs. Privée  de ces deux atouts l’opération a échoué et  les agriculteurs n’ont pas réussi á  rembourser les couts des intrants. La banque  en question se contenta de réaliser l’hypothèque des fonds de garantie. Apres ce premier échec, le MARNDR voulut recommencer de nouveau l’expérience  mais  fut obligé d’y renoncer parce que la banque maffieuse  exigeait un fond de garantie á   90% des fonds de crédit de plantation.  Les gestionnaires  du BCA qui sont des banquiers  proches de la question agricole  dénoncèrent le refus du contractant d’assumer le moindre risque et  obligèrent  le ministère á mettre fin  á  la manœuvre  électoraliste.

A coté de l’aventure de la dite  banque commerciale il  y avait aussi les fonds libres de l’UE dont bénéficiaient aussi les ONG proches du pouvoir pour soutenir l’idée  des bailleurs de fonds que les terres de l’ODVA  convenaient  mieux á  la  culture des fruits et légumes qu’ á  celle du riz.  (C’est dans ce sens qu’il faudrait placer les manœuvres du projet Winner d’expérimenter son périlleux essai de  SRI lisez  système de riziculture intensive dans la plaine de Cul-de-sac et non dans l’Artibonite). Un prêt a été fait  á  une firme de prête- non  par l’UE pour essayer le melon, l’aubergine, le giraumon comme culture d’exportation dans la vallée de l’Artibonite .Les responsables de  terrain  de ce projet  s’y investirent  avec leur fougue d’anciens démarcheurs d’intrants agricoles et perdirent á leur tour le fond de l’UE qui ne fut jamais remboursé.
Il y avait aussi l’expérience d’une autre banque coopérative qui  développa  en Haïti la stratégie connue des escrocs  de la haute finance  internationale á  savoir que le meilleur moyen de voler la banque ou l’état   sans se faire attraper  était de créer  sa propre banque. On y reviendra. Tous les bénéficiaires de  ces prêts hautement risqués  dans l’agriculture sont devenus  dans la suite ministres,  chef de cabinet présidentiel, chef de cabinet des ministres , des conseillers politiques et sont aujourd’hui ,de prêt ou de loin,  á l’origine de l’idée des assurances agricoles.

A l’évidence les assurances sont une activité commerciale normale  de services situés  en amont  de la production  et encouragées dans toute administration publique et privée où les services essentiels de l’état côtoient les services lucratifs du privé fournis dans la production. Une compagnie d’assurance est une entreprise commerciale qui capitalise sur la gestion des risques de l’activité assurée par l’entrepreneur  pour étaagriculuture-mur-secblir son business . Le temps , la santé financière , la santé technique , les aléas  climatiques et la gestion du personnel de l’entreprise ,en un mot, la vulnérabilité  de l’entreprise sont des  critères sur lesquels joue l’assureur  pour ne jamais avoir á  payer  á  l’assuré un éventuel dédommagement. .L’assureur dans son cahier de charges place l’assuré en condition de faire  les études d’impacts et de mitigation pour que les chances de dédommagement soient presque inexistantes. Dans l’agriculture haïtienne , le corollaire de la réduction á  outrance des chances de dédommagement est superbement élevé Il  est fonction de la viabilité du paquet technique garanti par la recherche agricole,  de l’organisation des pré-requis de la commercialisation des produits périssables .Que ce soit dans  la production proprement dite  ou dans l’organisation du marché les risques de pertes sont très élevés .Les risques  sont très  élevés parce que  les services techniques du MARNDR qui doivent  garantir le paquet technique, jeter les bases de  l’organisation du marché sont déficitaires voir inexistants.  La recherche fait défaut, l’irrigation est déficitaire, la vulgarisation fait défaut, la sécurité des biens et des services  est minimale, les sites agricoles sont exposées á  l’inondation, il n’y a pas de banque de développement.

En montagne la  perturbation de la pluviométrie devenue très capricieuse  n’autorise que l’élevage devenu  á  son tour très risqué avec l’impunité des voleurs des vingt cinq dernières années et avec la faiblesse du service de la santé animale qui n’a pas les moyens d’entretenir son propre laboratoire d’analyse et de production des médicaments  dont le pays  a besoin. L’étranger  nous vend des technologies qui ne correspondent plus á  notre système paysan  de production agricole désuète.. Le commerce libre des flacons de médicament pour 1000 volailles et le métier de paysan qui élève   huit oiseaux  ne peuvent plus cohabiter..Le système ne peut pas profiter des avancées technologies connues dans l’élevage..

importEn Haïti, sur les 100% de la consommation  agricole 60% sont importés.,40%  de la production agricole sont  assurés  par cinq  millions de petits exploitants du système paysan de production agricole..Aucun de ces paysans n’a une identité viable pour bénéficier du crédit. Ils exploitent la petite propriété le plus souvent en indivis et  n’ont pas accès aux nouvelles technologies . Ils ne bénéficient pas  du service rapproché des forces de sécurité  nationale  La police nationale  n’existe pas  dans les sections communales, haut lieu de la production agricole.. La conception des assurances dans l’agriculture haïtienne représente une fuite en avant. C’est un stratagème de certains  décideurs politiques mal conseillés ou impliqués  eux-mêmes  et de la communauté internationale  pour rechercher des justifications  aux dépenses folles non productives qu’ils veulent continuer en l’absence d’un état institutionnel. Les assurances agricoles sont une nouvelle tentative de reproduction d’un système économique et social  maffieux qui vient au secours du faire semblant  sans viser la constitution d’une élite agricole stable et sans la volonté de stimuler l’investissement  dans le secteur. C’est une  opération maffieuse du type coopérative  10% qui vise cette fois non pas la masse des agriculteurs qui ne s’y prêteront  pas , mais plutôt  les fonds de la communauté internationale par des organisations bidons ayant pris naissance dans la partie corrompue de cette même  communauté internationale Les assurances agricoles  seront mal accueillies dans la grande masse des producteurs et des consommateurs qui  n’y voyant pas les services qu’ils revendiquent  les bouderont purement et simplement. Elles seront bien accueillies par ce petit groupe de coquins qui depuis des années s’enrichissent  dans une politique  de semences  et de sous contrats avec la communauté  internationale.

Sans la nommer une banque commerciale  faisant la publicité pour le microcrédit national dans l’agriculture  nous apparait très suspecte. Le temps est venu  d’arrêter de multiplier á  l’infini  les scenarios  d’enrichissement honteux  d’une classe de sangsues au détriment de l’agriculture haïtienne et de la masse des petits agriculteurs.  Ne serait il  pas plus honnête  d’aller droit au but  en exploitant l’opportunité de l’humanitaire durable  de ces mêmes fonds  pour constituer  une élite agricole  sur la base de production professionnelle subventionnée  engageant l’avenir des professionnels et le besoin politique de l’état de rompre avec le système de production agricole  paysan qui n’a pas cessé  de montrer ses limites dans toutes les études de la production en Haïti de 1804 á  nos jours. Ceci n’est pas la solution définie du problème agricole haïtien. Il est seulement transitoire. Le pays a besoin de nouveaux stratèges  en agriculture  et non un nouveau club de maffieux qui veulent se recycler dans les assurances agricoles. .Ceux-ci  ne doivent pas être  recrutés  au niveau  des cols blancs qui vivent de la compromission avec l’internationale mais chez les véritables  producteurs et les agro industriels qui ont soutenu á  un moment de la durée les efforts de la production nationale et  qui en connaissent les voies de sortie.  2 aout 2012

Agr Michel William
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