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Mer06202018

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Economie

Peut on produire aujourd’hui encore du citron en Haïti?

citron 

Disparition des vergers d’occasion


Il n’y a pas eu á proprement parler de vergers de citrus en Haïti. Les quelques vergers établis par l’occupation américaine et par les industriels de l’OCEA dans les années 60-70 ont été de très petites dimensions. Comme pour le café, ils n’ont pas survécu á la baisse du prix du citron des années 80. Les absentéistes qui avaient de petits vergers en quantité limitée donnèrent en métayage les terrains .Les métayers á leur tour ne pouvant pas vendre la production de citron se mirent á abattre les arbres encouragés dans leur pratique par une conception pernicieuse du reboisement qui veut que si un paysan reboise un terrain qui ne lui appartient pas , le propriétaire reprendra tôt ou tard son terrain et lui le paysan restera sans terre pour sa place á vivres.

Les haïtiens de mon âge se souviendront que dans leur tendre enfance , á la campagne, chaque famille avait un jardin dans lequel elle cultivait quelques fruitiers avocatiers, manguiers, arbres véritables, citronniers, oranges sûres pour l’élevage des porcs et pour les besoins domestiques de la maison. Avec la parcellisation á outrance des propriétés de l’ordre d’un huitième á un quart d’has, une préférence pour les cultures sarclées par la majorité de la paysannerie était développée et un phénomène d’abattage des arbres endiguait toute velléité de reboisement á cause de l’ombrage nuisible produit par chaque arbre pour les cultures vivrières. S’il reste encore une production de citron, elle est essentiellement paysanne et provient de plantations individuelles faites par les propriétaires qui disposent d’un espace qui peut recevoir un ou deux pieds de citron dans la cour de chaque maison. Dans les constructions adjacentes aux terrains irrigués, il est loisible de rencontrer un pied de citron dans chaque propriété. C’est le même stéréotype pour le manguier francisque dont la totalité de la production exportable est fournie par la production paysanne.

 

Refus des autorités politiques d’organiser l’état républicain dans les sections communales
Le ministère de l’agriculture avant les années 1990 avait une pépinière centrale á Damien et des pépinières secondaires dans les départements oú il conduisait une politique publique de production de centaines de milliers de plantules fruitières et forestières pour distribution aux cultivateurs. Avec l’arrivée de Lavalas et l’élimination des chefs de police rurale, les théoriciens agricoles qui prirent le contrôle politique du pays décidèrent de privatiser jusqu’ á la production de plantules qui échoua aux mains des ONG .On ne reviendra pas sur la politique de dilapidation des deniers publics par ces dernières qui ont essaimé dans toutes les sphères de l’économie et de la production nationale. Comme les ONG ont mare de la production, elles ont vite fait place á la naissance de pépiniéristes d’occasion qui deviennent les éléments de contrats juteux avec des dealers intermédiaires qui se partagent avec les officiels des ministères et de la coopération internationale les commissions obtenues sur les contrats de production de plantules. Aujourd’hui les prédateurs transfuges de Lavalas et d’INITE ont rejoint Martelly et sous couvert de reboisement par le secteur privé encouragent des projets budgétivores de reboisement qui pour tout objectif ne cherchent qu’ á garantir aux commanditaires des commissions 15 á 25 gourdes par plantules sans aucun souci d’établir des structures institutionnelles de suivi des plantules qui rarement sont livrées aux ministères. Alors que le reboisement est un projet républicain économique de proximité qui fait intervenir les autorités locales pour garantir la protection du patrimoine terre et l’environnement, les autorités politiques en font un pactole luxueux accessible aux plus hauts placés de la hiérarchie politique.

Rareté d’eau

Tout arbre qui produit une baie comme fruit charnu ou juteux a besoin de l’eau pour sa production . C’est le cas du citron. Ses besoins en eau ne sont pas très importants aussi longtemps que la pluviométrie avoisine les 1000 mms et qu’elle est plus ou moins bien distribuée toute l’année. Dans les zones non marécageuses de Port-au-Prince le citronnier qui n’est pas irrigué ne produit presque pas beaucoup de fruits. Dans les zones marécageuses le citronnier est capable de produire pendant dix ans .Au delà de cette période, les racines sont asphyxiées et la plante meurt.

Le citrus greening

Toutes les zones de plaine pouvant bénéficier d’une irrigation d’appoint par mois en dehors de toute contrainte pathologique peut au prix actuel du marché produire économiquement du citron en Haïti. Malgré l’existence de la maladie Citrus greening, nous avons observé á Petit trou de Nippes, Baconois, Petite Riviere de Nippes, Miragoane, Fond des Nègres, Aquin, Port Salut, Plaine des Cayes,Grand Goave, Petit Goave, Leogane, Orangers, Demontreuil, Meyer á Jacmel, Arcahaie, Montrouis ,Haut Saint Marc, des citronniers qui donnent encore une assez bonne production .

Le Citrus greening est une maladie causée en Haïti par une bactérie des agrumes, le Candidatus liberibacter americanus . Cette bactérie est transmise aux agrumes par deux insectes le Diaphorina asiaticus et un insecte africain le Triosa erytreae. Personne ne va défendre la thèse que le Citrus greening est la principale cause du refus d’investissement dans la production du citron en Haïti. Cette maladie se rencontre aussi bien en Floride , en Rep dominicaine et dans les petites Antilles qu’en Haïti. Aucun de ces pays n’a trouvé encore le traitement de l’agent pathogène, et pourtant tous ces pays continuent de produire du citron en quantité mesurée. La république Dominicaine nous en revend chaque année. Certains pays pratiquent la lutte biologique en utilisant des parasitoïdes qui réduisent la population des insectes vecteurs ou essaient l’inoculation de penicilin pour réduire l’impact de la maladie. D’autres comme la république dominicaine ne font rien .En Haïti l’état est indifférent au destin de la production agricole et se soucie peu de la misère des ménages, malgré l’existence d’un MARNDR. Il importe donc que les autorités du MARNDR ,du MDE,du MSPP et du MIC , adressent plus sérieusement le problème du citron pour ne pas appauvrir davantage les mères de famille haïtienne á un moment oú le cholera, la typhoïde ,la tuberculose exigent une utilisation de plus en plus grande du citron dans le traitement des foyers, de l’eau et des crudités.

Stratégie proposée: Plantation intercalaire mesurée de citron et de bananier dans les aires irriguées proches des grands centres de consommation

Le bananier fait face á la maladie du Sigatoka noir qui exige une utilisation adéquate de l’eau,l’application couteuse de l’engrais pour la repousse rapide des feuilles brulées , la gestion particulière des feuilles brulées ,le traitement des parasites du sol ( nématodes et charançon de la banane) á coté de la reproduction d’une variété tolérante importée de l’étranger. La résolution de ces problèmes fait monter énormément le cout d’un has de banane pour lequel, l’eau adéquate n’est pas toujours disponible. Comme le citron exige moins d’eau que la banane et que pendant cinq ans, une production de citron ne va pas empêcher la production de banane, il est de bon ton de recommander la création de plantations intercalaires de citronnier et de bananier pour faire face á la problématique combinée de ces deux cultures et pour régler une fois pour toutes le cout prohibitif annuel du citron et de la banane pour les ménages..Un exemple:

Dans les aires bananières irriguées voisines de la capitale et des grandes villes de province oú la consommation du citron est très élevée, on peut traiter avec les propriétaires de trois á dix has, une exploitation de citronnier en association avec le bananier, sans jamais dépasser 5 á 10% de l’aire irriguée. A l’Arcahaie oú 4.000 has de bananeraies ne reçoivent pas l’eau adéquate de janvier á Mars, le citron serait planté á une distance de six mètres les uns des autres et le bananier á deux mètres cinquante en tout sens. On aura une population de 215 á 270 pieds de citron /has qui commencera á produire après cinq ans en moyenne et une bananeraie qui donnera la même production annuelle chaque année pendant les six premières années moyennant un renouvellement de la plantation chaque deux ans..A la septième année le bananier disparait et est remplacé par une production pérenne de citron. L’eau disponible profitera aux deux plantations et lorsque en hiver l’eau vient á manquer pou la banane, l’irrigation gravitaire de crise que l’on fait pour cette dernière répond bien aux besoins du citron qui n’en demande pas mieux.
Le gouvernement haïtien ne perdra rien á encourager un tel compagnonnage de culture en donnant á ces producteurs les plantules de citron et une prime annuelle de récompense proportionnelle au nombre de citronniers inspecté par l’agent agricole de la section communale. Pendant les six premières années, le propriétaire retirerait le même revenu de la banane pendant qu’ á la septième année, le revenu tiré du citron remplacerait celui fourni par la banane. Le MARNDR en prônant cette stratégie libérerait une certaine quantité de terre pour la culture du citron pendant qu’il régulerait la main d’eau nécessaire á la superficie exacte que le débit du système d’irrigation peut arroser en bananeraie. Ceci ferait passer la production de la banane de 16 tonnes á 50-60 tonnes á l’has.
En terme de rentrées, un citronnier adulte donne deux récoltes l’an. Une grande et une petite récolte qui font 25 marmites. A raison de 50 gdes la marmite,( une gourde á l’époque de l’OCEA) au lieu de 1000 gdes la marmite comme aujourd’hui, un arbuste fournirait 1.250 gdes de revenu. Un has de 277 pieds fournirait un revenu impensable de 3.462.500 gourdes. A supposer que le Citrus greening avec un minimum de traitement détruise á 60% la production annuelle, il resterait au producteur avec un minimum de dépenses un revenu de 1.385.000 gdes á l’has, en lâchant seulement dans la nature deux á trois fois des parasitoïdes qui seraient produits par le MARNDR. Evidemment personne ne va pas planter un has en citron, mais on peut faire un huitième d’has en compagnonnage pour un revenu espéré de 15.738 gourdes

Essayer de faire est toujours préférable á rester sans rien faire. Si le gouvernement haïtien reste passif et refuse d’écouter les conseils de ceux-là qui á leur corps défendant acceptent d’opiner sur la production agricole nationale, á un moment oú la république Dominicaine nous fait voir toutes les couleurs, n ‘y aurait il pas lieu de penser que des ânes sont toujours á la commande de la politique agricole du pays?


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4 avril 2015
https://www.michelwilliamnetrealite.com/peut-on-produire-aujourdhui-encore-du-citron-en-haiti/

 

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