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Analyses & Opinions

Arrestation du sénateur Guy: Une promotion monstre pour le marché américain de la drogue

guy philippe  coupet-touthaiti
 
L’arrestation du sénateur élu Guy Philippe, suivie de sa déportation aux États-Unis, s’inscrit dans deux registres au moins : un registre politique obéissant à la politique étrangère états-unisienne de fouler aux pieds les droits à l’autodétermination des peuples latino-américains et caribéens sous prétexte de lutter contre la drogue ; et un registre économique répondant aux principes du marché de la drogue, un marché florissant pour l’économie américaine. À qui profite l’économie de la drogue que l’État américain veut en assurer le contrôle et la promotion?
 
Depuis des jours, le monde parle incessamment du secteur économique de la drogue en nette croissance aux États-Unis, après l’arrestation du sénateur élu Guy Philippe. Tous les médias haïtiens et les grands médias occidentaux (CNN, RFI etc.) offrent gratuitement une promotion non-stop pour le produit de la drogue, sans oublier des manifestations populaires en Haïti et aux États-Unis relayées par la presse ainsi que d’innombrables commentaires comblant les réseaux sociaux. Même avec le général Manuel Noriega, président du Panama arrêté au début des années 1990 et extradé aux États-Unis, ni avec le président du Sénat haïtien Fourel Célestin arrêté et déporté en 2004, le marché américain de la drogue n’avait pas bénéficié d’une si grande promotion, d’une si monstre publicité.     
 
L’ambassade américaine en Haïti, après avoir décoré Guy Philippe (2004/05), ne sent pas aucune gêne pour qualifier ce même personnage, devenu sénateur, de fugitif longtemps recherché par les États-Unis. Même la presse internationale questionne le timing de cette arrestation scandaleuse, survenue au moment précis d’officialiser l’élection du sénateur. Si l’on comprend bien, le scandale de l’arrestation d’un sénateur apporte plus de valeur promotionnelle ajoutée pour le marché de la drogue que s’il s’agissait d’un simple citoyen.
 
Comme tout autre marché économique, le marché de la drogue tire aussi sa croissance dans la promotion et la publicité alertant fidèlement sa clientèle. Ainsi, l’absence de promotion pour la drogue implique une baisse de production et de commercialisation dudit produit, et par conséquent une baisse de rentabilité pour l’économie américaine de la drogue. Donc, toute menace contre la drogue devient une menace contre l’intérêt américain. Pourtant, les États-Unis use de la drogue comme alibi pour violer les droits des pauvres peuples, arrêter et humilier des élus du peuple. Et, au nom de la démocratie états-unisienne, il est plus facile à un enfant de 5 ans de circuler visiblement avec une mitrailleuse qu’à un individu de 55 ans de porter secrètement une petite cuillère de cocaïne.  
 
Les chiffres d’affaires du marché de la drogue atteignent environ 300 milliards $US l’an. Le premier pays bénéficiaire de la drogue demeure les États-Unis avec une rentabilité époustouflante d’un tiers (1/3) de cette économie dépassant nettement les pays producteurs de drogue, notamment la Colombie, le Mexique, l’Afghanistan. N’étant pas au rang de ces pays producteurs, les États-Unis passe au rang de premier client de la drogue. De plus, 90% des billets $US en circulation ont des traces de la drogue (cocaïne), selon une étude de l’association des chimistes américains (2009). Donc, premier bénéficiaire, premier marché et premier client de ce produit miracle, la drogue devient un secteur florissant et un vecteur générateur pour l’économie américaine.
 
En outre, pendant que les États-Unis fait semblant combattre la drogue pour pouvoir abuser les peuples de son arrière-cour, le président Juan Manuel Santos de la Colombie, premier pays producteur de la drogue dans le continent à 1 heure de vol de Washington, a été récompensé prix Nobel de la paix (2016) ; le Mexique, deuxième producteur de la drogue dans la région partageant la frontière avec les États-Unis, nourrissent tous deux de bonnes relations diplomatiques et commerciales (ALENA) ; le marché américain reste de plus en plus prospère avec, à lui seul, un tiers de l’économie de la drogue.
 
Et, comme première puissance militaire, économique et technologique du monde, il pourrait s’il voulait vraiment combattre la drogue. Malheureusement, en passant en revue les 32 coups d’État et 19 ans d’occupation contre Haïti, suivis de multiples extraditions des nationaux et élus haïtiens pour la promotion stratégique de la drogue, l’État américain profite de sa superpuissance pour combattre tout, sauf la drogue, pilier rentable de son économie.
 
Beguens Théus
15/01/17