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Haiti: Les séquelles d’un « Emperocide »

dessalines a cheval

15 Octobre 2017 --- On y recense des ventres vides, des mains sans plume, des cerveaux creux et des yeux sans vue. On y dénombre 33 brigandages en 211 ans, la plupart garnis de coups d’état et on y compte 35% d’illettrés en 2016. Ce qui lui accorde un IDH* voisin de la queue, soit 163 sur 188 pays (PNUD, 2017). En Haïti, il y a ces records très humiliants engendreurs de prouesses honteuses. D’ailleurs, l’émoi planétaire que crée ce petit pays demeure légendaire.

Certes, Haïti fait office de référence, dans le monde, avec son spiritualité fabuleuse; son vaudou transcendant, sa zombification, son feuillage, ses armées célestes et ses rêveurs de « borlette » illustrent tout, mais rien n’équivaut à l’*emperocide du 17 octobre 1806. Ce triste repère fait d’Haïti un cas singulier des Amériques. C’est le seul état du continent qui tue son libérateur pour le rire de son oppresseur. Cet acte odieux est à l’origine de presque tous les maux qu’a connus ce petit pays caribéen.

L’assassinat de l’empereur Dessalines fait des pluies sans nuages dans un pays en panne de récolte et des déluges sans pluie sur une terre avide d’arrosage. Ce fut le premier crime, dans le jeune état, qui a su basculer le rêve nationaliste. Le drame du Pont Rouge ne manque pas de prétextes. Et, les généraux d’alors se le partagent dans des intérêts divers. Les militaires du Sud, sous les péremptions de Pétion et d’Étienne Gérin, ont tué pour leur café exproprié et leurs terres nationalisées; ceux du Nord ont trahi pour leur rêve de gouverner cru confisqué par un Généralat- à-Vie. Ici, on retrouve Henry Christophe, Romain et Vernet. En réalité, les adversaires de l’empereur n’étaient pas des moindres.

Le Pont Rouge alloue au pays une culture de haine « Transgénérationnelle ». Des croisades de pigmentation entre noirs et mulâtres, des mutineries barbares et des insurrections sanglantes qui ne cessent d’influer sur le paysage politique haïtien ont pour racine ce jour sombre d’octobre 1806. Autrement dit, cette instabilité chronique dont vit la Première République noire est née au trépas de l’empereur.

Le 17 octobre 1806 crée aussi l’envers d’une noble lutte, contre la servitude, menée pendant plus d’un siècle ; les âmes des pionniers Dutty Bookman de l’Acul-du-Nord, François Makanda (Mackandal) de Bas-Limbé et Kolas Jambe Coupée de Morne-Rouge ont été profanées.

Haïti paie un lourd tribut à un complot bête et honteux. Elle a hypothéqué son développement, sa paix et son bien-être. L’Empereur Dessalines est mort à cause de l’avarice d’un petit groupe contre l’intérêt de tout un peuple fraichement libéré des chaines de l’homme blanc. Cet assassinat a un corollaire presqu’imbattable. Le pays l’odore sur nos plages délabrées, dans nos bourgades de carton, dans nos hôpitaux sans gazes et dans nos écoles sans bancs. Le drame du Pont-Rouge, discouru, à l’indécence, par un Thomas Madiou Blancomane et chicané par d’autres historiens réactionnaires, nous laisse d’horribles séquelles. Or, Dessalines a voulu, surtout, l’unité de la famille haïtienne ; il a rêvé la fusion des différentes ethnies africaines d’Haïti, le pain et la terre pour tous. Ce 17 octobre 2017, on commémore le 211e anniversaire d’un « Emperocide ». Bonne traversée, Empereur Dessalines !

 

Jean-Rony Monestime André
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BS en Médecine Nucléaire; BA en Conn. Générales
MHA-Master en Healthcare; Doctorant en Sciences de la Santé
Professeur à Seton Hall University, New Jersey, USA

Références


1-*IDH=Indice de Développement Humain).
2. *emperocide=le meurtre d’un empereur

 Martin, L. M. & Yacou, A. (1991). Mourir pour les Antilles : Indépendance 
Nègre ou Esclavage 1802-1804. Paris

Nemours. (1928). Histoire militaire de la guerre d’indépendance de Saint-Domingue.
Paris, Berger-Levrault, Editeurs

PNUD. (2017). Indice de Développement Humain.