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Incendier Delimart a toujours été une Obsession Populaire... (Pradel Henriquez)

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Je suis un citoyen de Delmas. Je suis avant tout un citoyen haïtien qui a vu tous les déchoucage de ces 30 dernières années en Haiti. Depuis le déchoucage du magasin K Dis à Delmas 30 (actuel complexe Megamart). Jusqu'à l'incendie de Delimart actuel en juillet dernier. En passant par le dechoucage et l'incendie des super marchés de Lalue, en 1990, à la veille d'avoir Jean Bertrand Aristide au palais national. SANS oublier les émeutes la faim d'avril 1988, et les violences électorales de décembre 2010 ou la télévision nationale elle-même, que je dirigeais à cette époque, a failli être INCENDIÉE dans la mêlée. 

De toutes ces violences, je n'ai jamais compris pourquoi, il y avait une telle obsession cruelle contre Delimart. Et c'est à cette passion cruelle, à cet acharnement, à cette obsession populaire que Reginald Boulos, le patron de ces Delimart, doit penser. Pourquoi Delimart ? Pourquoi moi ?

Lors des émeutes de la faim en 2008, un individu dans les foules, a lancé une pierre contre les grosses vitres de la TNH. L'un d'eux lui a dit, pourquoi as- tu attaques la TNH ? Mais tu vois bien que la TNH n'est pas sur notre liste...bref.

Ce n'est pas tout en effet, d'installer des entreprises dans une communauté sans prendre le temps d'apprécier les valeurs culturelles et sociologiques de cette communauté. Ce n'est pas uniquement au positionnement marketing de nos entreprises qu’il faut s'intéresser, ce n'est pas seulement au rayonnement économique de l'entreprise qu'il faut s'atteler, il faut aussi prendre son temps pour évaluer en permanence, l'environnement sociologique et culturel de la communauté ou l'on implante l'entreprise. 

Entre octobre 2006 et mai 2012, je suis directeur général de la télévision nationale d'Haïti, et j'ai vu plusieurs fois cet acharnement de la population contre Delimart. Je pense même que parfois, le système de sécurité que j'avais installé à la télévision nationale (TNH) a permis à cette époque, de protéger les entreprises voisines de la TNH lors des mouvements de foules violentes, et parmi elles, Delimart notamment. Mon système de caméras rotatives, pas de doute, était puissant et rien n'échappait a notre vigilance dans l'entourage de la TNH qu'il fallait absolument protéger en tant que patrimoine.

Si aujourd'hui, la violence populaire a pu avoir raison enfin de ces Delimart, monsieur Boulos doit penser que tout n'incombe pas uniquement aux magasins rivaux qui pratiquent peut être la violence comme forme de concurrence économique ou de concurrence de marché. Ce ne sont pas seulement les partis politiques qui manipulent les foules qu'il faut rendre responsables. Ce ne sont pas seulement les forces de l'ordre mal équipées et dépourvues de tout qu'il faut sanctionner ou blâmer, il faut aussi s'asseoir un instant et réévaluer au quotidien l'environnement sociologique, historique et culturel de la communauté. D'autant que la démographie bouge sans cesse et reconfigure à chaque instant notre environnement. 

Si nous n'avons pas offert de l'éducation et de la culture à notre milieu, comment veut-on qu'il ne soit pas sauvage? 

Les matraquages publicitaires dans la presse n'arrangent rien pour nos entreprises. Les profits économiques maximaux non plus. Une entreprise est d'abord un outil social qui offre des services ou des produits à une communauté. Il faut avant tout comprendre cette communauté pour lui offrir ces services. La rentabilité économique est secondaire.


Il faut défensivement comprendre ce peuple pour vivre avec lui....

Pradel Henriquez
20 juillet 2018 

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