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Analyses & Opinions

Médias en ligne et les réseaux sociaux: contrebalance de la presse traditionnelle

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 La presse n’est pas intouchable

« Depuis 2005, les réseaux sociaux gagnent du terrain. Au fil de ces années, ces outils de communication qui n’avaient pas été pris en compte par les médias au départ ont réussi à trouver leur place à la télévision, à la radio. Désormais considérés comme de vrais outils de communication, on a vu apparaître de vrais spécialistes des réseaux sociaux comme les community manager, ou les social média manager...  Toutefois, cette omniprésence des réseaux sociaux suscitent une vraie réflexion sur l’avenir des journalistes ! Si ces outils ont bel et bien entraîné des changements dans la profession de ces derniers, l’essence de ces professionnels des médias prend ses racines dans l’analyse et le décryptage de l’information. Ce dernier a pour mission de donner des pistes de réflexion à l’opinion publique. En clair, il a pour mission d’éclairer les zones d’ombres. A l’heure actuelle, on parle plus d’adaptation de ces derniers par rapport aux réseaux. Une chose est claire, les réseaux ont bouleversé les médias et ces derniers sont dans l’obligation de combiner avec ces outils de communication. Surtout quand on sait, que les réseaux sociaux envisagent encore plus de rapprochement avec le monde des médias. »

 Nous ne sommes pas historiens, mais nous sommes des amants de l’histoire et nous lisons beaucoup sur tout ce qui a trait à l’histoire de notre pays, l’histoire de l’Afrique et des noirs, et l’histoire de l’humanité. Comme universitaire et patriote conscient, nous sommes intéressés à tout ce qui a trait à notre pays, à son présent et à son devenir. Au fil des ans, nous avons publié plusieurs textes sur la presse haïtienne par rapport à la situation macabre dans lequel vivent les Haitiens. Aujourd’hui, nous allons réfléchir sur les médias en ligne et les réseaux sociaux dans l’espace haitien. Et, nous allons montrer comment ils constituent une contrebalance par rapport à la presse traditionnelle. « L’arrivée des réseaux sociaux dans le monde de l’information a brouillé les cartes, poussant la presse traditionnelle à devoir se remettre en question, à se penser de manière nouvelle. » En Haiti, les ténors de la presse traditionnelle sont alarmés par rapport à l’invasion des nouvelles technologies de l’information : média en ligne, réseaux sociaux, bloggeurs, etc. Si la presse haitienne a pris depuis tantôt dix ans un tournant vers la médiocrité absolue, vers le non-professionnalisme, aujourd’hui, les journalistes compétents, sérieux et honnêtes sont en train de réfléchir pour voir comment ils peuvent accepter et vivre cette cohabitation entre les bloggeurs, les médias traditionnels, les médias en ligne et les réseaux sociaux. Si quelques années de cela les médias traditionnels haitiens « ont rechigné à prendre le tournant digital imposé par ces innovations technologiques, aujourd’hui ils ne peuvent s’en soustraire. » 

« Les réseaux sociaux ont complètement changé notre expérience de la télévision. Aujourd’hui un programme est commenté en live par les téléspectateurs à travers les réseaux sociaux. Il y a désormais un vrai pont entre la télévision et ces outils de communications. Les réseaux ont bouleversé les professions liées au média, mais ils ont aussi changé nos rapports au média en tant q’utilisateur. Les réseaux sociaux ont profondément changé la profession du journalisme. Avec les réseaux sociaux, l’interaction a pris une nouvelle forme. A l’heure actuelle les programmes sont imaginées pour être commentés sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter, qui favorise l’échange des idées et à la réflexion. Avec les réseaux sociaux, les journalistes n’ont plus le monopole sur l’information. Grâce à ces nouveaux moyens de communication, tout le monde peut être témoin d’un évènement et le partager avec le monde entier dans la seconde qui suit. Une pratique qui donne naissance au “journalisme citoyen”. N’importe qui, témoin d’un évènement peut le partager sur la toile. En faisant cette action, il convient de reconnaître qu’il a partagé une information. La rapidité de diffusion l’information prime aux dépens de l’analyse. Si de nouveaux volets comme le “journalisme citoyen” apparaissent, paradoxalement, cela entraîne aussi une vraie réflexion sur le rôle des journalistes. » 

Les médias en ligne ont fait leur apparition dans l’espace haitien au début des années 2000. On peut citer parmi les pionniers (la première vague) : Alterpresse, HPN dirigé par Clarens Renois et Moun.com dirigé par Georges Saati. Durant les années 2000, il y avait le phénomène des forums sur yahoogroups. Il est lieu de citer : Haitian Politics, Grands Débats. Ensuite est venu Vinoush, Forum Culturel, Haiticonnexion, Tout-Haiti avec le phénomène Ti Yvon. On a assisté à une période de libéralisation de la parole. Des professionnels et des intellectuels haitiens s’engageaient à se faire connaitre et à participer dans le débat pour l’avancement de la démocratie en Haiti. Avec la deuxième vague des médias en ligne, on a eu : Tout-Haiti, un média militant qui a pris des positions politiques claires à l’instar des médias connus internationalement comme le Grand Soir Info, MSNBC, FOX News ; Omega News a aussi fait œuvre qui vaille. Aujourd’hui, nous assistons à l’éclosion de la troisième vague de média en ligne avec Rezonodwès comme chef de file. Plus que jamais, les bloggeurs sont présents sur la toile et participent au débat sur la vie publique et sur le devenir de la nation. Ils commentent l’actualité, ils parlent des problèmes structurels et font des propositions judicieuses. Les médias traditionnels haitiens ont peur des réseaux sociaux qui menacent leur hégémonie. 

« La presse traditionnelle priorise toujours ses sources traditionnelles comme les agences de presse, les journalistes-correspondants, les communiqués de presse, les contacts avec des personnes autorisées. » « Pour les réseaux sociaux, les infos arrivent de « partout ». On y trouve pêle-mêle les mêmes sources qui alimentent la presse (souvent en adaptant leurs informations au public des RS), des spécialistes parfois très pointus, des relayeurs d’info (souvent des journalistes) ainsi que Madame et Monsieur Tout-le-Monde. » Je crois qu’Haiti a une chance de bénéficier des nouvelles technologies de l’information. Les journalistes ne peuvent pas afficher cette attitude de « je sais tout » et de « magister dixit ». En temps réel, un auditeur peut apporter un démenti par rapport à une information communiquée par un journaliste. Les journalistes sont portés à être plus attentifs par rapport à la façon dont ils décryptent et analysent les données et les informations. Il y a un laisser-aller observé au niveau de la presse. Si dans le temps, les intellectuels occupaient l’espace de la radiodiffusion ; aujourd’hui, certains analphabètes fonctionnels croient qu’ils peuvent prendre d’assaut le micro ; ce qui a donné naissance au phénomène de « machann mikwo ». Nous avons longuement parlé du phénomène de « machann mikwo » dans plusieurs textes déjà publiés. 

Le « machann mikwo » typique est un médiocre et un arnaqueur professionnel. Il connait bien le rôle du journaliste dans un état de droit, mais ce qui l’intéresse c’est de faire de l’amalgame et utiliser son micro pour faire de l’argent. Le « machann mikwo » n’a pas d’état d’âme. S’il n’est pas un idéologue, il comprend bien la réalité haitienne et les clivages sociaux. Il se met au service des ennemis de la nation qui peuvent payer ses services. Si durant une certaine période, les « machann mikwo » se comportaient comme des intouchables, aujourd’hui, ils savent qu’ils sont suivis et ils savent qu’il y a des bloggeurs qui sont prêts et son capables de les affronter. Les médias traditionnels ne devraient pas considérer les médias en ligne ni les bloggeurs comme des compétiteurs à abattre. Il faut de la contrebalance. Aujourd’hui, la plupart des médias traditionnels sont confrontés à certaines difficultés, et ils leur sont très difficiles de jouir des services de journalistes compétents très qualifiés. Les médias traditionnels haitiens ont grand intérêt à utiliser les réseaux sociaux à bon escient pour continuer à informer et éduquer la population. Il est triste de voir que des journalistes avisés déclarent la guerre aux bloggeurs. Durant ces dix dernières années, les bloggeurs se sont imposés et prouvent qu’ils ne sont pas moins importants que les journalistes. 

Nous sommes conscients que les bloggeurs ont beaucoup plus de marge de manœuvre ; ils peuvent parler sans contrainte. Mais, nous sommes d’avis qu’un bloggeur ne doit pas et ne peut pas véhiculer de fausses informations ni induire les gens en erreur en connaissance de cause. Durant le tremblement de terre, nous avons vu comment les médias en ligne, les bloggeurs ont contribué à informer la population à travers les réseaux sociaux. Aujourd’hui, je crois qu’il est impératif d’encourager le blogging et surtout d’encourager les intellectuels et les professionnels haitiens à prendre une part active dans le transfert de connaissances et de savoir-faire. La majorité des journalistes haitiens se trouvent à l’extérieur du pays. Il s’avère nécessaire que ces derniers se manifestent soit en publiant activement, soit en animant des émissions pour tacler les problèmes structurels auxquels Haiti est confronté. Nous voulons dire à plus d’un qu’il y a des bloggeurs et des personnes très actives sur les réseaux sociaux qui sont des journalistes et qui continuent à agir dans les limites des règles déontologiques du journalisme. Si dans le temps, la presse traditionnelle censurait à tout bout de champ. Aujourd’hui, la parole est libérée. Il y a un danger à contrecarrer. Certains s’arrogent le droit de diffamer et de salir l’image d’autres. En attente qu’il y ait des lois qui régissent les médias en ligne et les réseaux sociaux, ce qui tardera à venir, il revient à nous, bloggeurs crédibles et dignes de foi de continuer à donner le ton. 

Aujourd’hui, les « machann mikwo » les plus en vue utilisent les médias traditionnels. Ils sont « challengés », mais ceux qui utilisent les réseaux sociaux causent des dommages assez importants. Il faut trouver une formule pour responsabiliser les gens qui utilisent les réseaux sociaux et qui publient sur les médias en ligne. Le « Rezonodwès » fait un travail de titan et est un modèle pour tous ceux qui veulent lancer un média en ligne. Les médias traditionnels haitiens doivent évoluer avec le temps et doivent faire preuve de créativité. Comme bloggeur, je sais que je ne peux pas dire n’importe quoi ; je ne peux pas véhiculer de fausses informations et je suis tenu de vérifier toute information avant de la publier ou de la partager. Je ne suis pas journaliste, mais j’ai le devoir de me comporter comme un bon journaliste. Je suis un bloggeur professionnel en ce qui à trait au nombre de temps que je passe à écrire et à intervenir sur l’internet, mais je ne vis pas de ma plume. Je crois que pour être efficace, il faut éviter toute attache. L’argent rend esclave. Mon souci est d’informer, d’éduquer pour transformer. J’encourage les jeunes, les professionnels, les intellectuels haitiens à être plus actifs sur les réseaux sociaux. L’image que les Haitiens véhiculent aujourd’hui sur les réseaux sociaux est loin de ce que devrait être l’image d’un citoyen issu d’un pays qui a un passé aussi glorieux. Nous devons utiliser les réseaux sociaux à bon escient pour interpeller les forces vives de la nation, les élites et de les porter à faire front commun pour résoudre le dilemme haitien. 

La presse n’est pas intouchable. On doit critiquer nos médias pour les porter à s’autoévaluer et à corriger ce qui doit être corrigé. Il est inacceptable que des patrons de médias laissent la voie libre aux « machann mikwo » pour faire leur sale besogne. Aujourd’hui, il y a une minorité « zwit » de médias traditionnels en Haiti qui n’abritent pas en leur sein des « machann mikwo ». La presse est trop importante pour qu’elle soit l’apanage des journalistes. Nous devons applaudir le travail des médias qui sont soucieux de faire l’équilibre et de dire la vérité sur toute la ligne. On ne peut pas avoir un pays viable sans une presse responsable qui joue son rôle de catalyseur et de médiateur. La presse traditionnelle haitienne doit trouver « un mode de financement différent du mode actuel. La publicité qui générait une partie importante de ses revenus se réduit comme une peau de chagrin. Les annonceurs ont tendance à déserter les versions papier des journaux. Mais ils ne se précipitent pas sur leurs versions web. A quoi pourraient ressembler ces nouveaux modes de financement? A des aides publiques, du sponsoring, du mécénat. Ce sont des voies à explorer, même si les questions qu’elles soulèvent – celle de l’indépendance rédactionnelle, notamment – sont délicates. » Les réseaux sociaux et les médias en ligne ne vont pas disparaitre. La presse traditionnelle doit s’accommoder aux nouvelles technologies de l’information. Nous devons lutter pour avoir une presse libre, indépendante où l’information est accessible à tous et soit fiable. Continuons à lutter ensemble pour la résurrection de la presse haitienne. Que les journalistes et les médias traditionnels facilitent la cohabitation avec les réseaux sociaux, les médias en ligne et les bloggeurs. Vive la liberté de presse et le droit à l’expression ! 

 

Kerlens Tilus    05/08/2019
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