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RNDDH: 12 janvier 2010 - 12 janvier 2014 - Quatre ans de souffrance avec le spectre d'un sombre avenir

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RNDDH 10 Janvier 2014 

12 janvier 2010 - 12 janvier 2014 : quatre (4) ans depuis qu'un séisme dévastateur a frappé plusieurs communes d'Haïti, endeuillé la population et mis à genoux l'Etat haïtien.

Après plusieurs mois de lutte pour sortir le pays de la phase d'urgence, les autorités étatiques ainsi que des représentants de la communauté internationale, ont promis d'œuvrer à la reconstruction du pays en s'attaquant aux problèmes chroniques liés notamment aux droits sociaux économiques du peuple haïtien. Plusieurs mesures ont été prises par les autorités étatiques et des instances de décision ont été créées.

 Qu'en est-il quatre (4) ans plus tard ?

 Le RNDDH se propose de présenter à tous ceux que la question intéresse, un rapport d'analyse sur la situation du pays, en passant en revue l'état d'avancement de la reconstruction, la situation des personnes dans les camps et les sites de relocalisation, le déplacement des victimes du séisme et les expulsions forcées dont sont victimes les personnes évoluant dans les camps.

  1. II.Réaménagement de certaines parties du département de l'Ouest

Le 22 mars 2010, le Président René Préval a pris un arrêté présidentiel consacrant la confiscation de plusieurs terrains pour cause d'utilité publique. En effet, huit (8) propriétés totalisant cent cinquante (150) carreaux de terre ont été identifiées par leurs coordonnées géographiques et déclarées d'utilité publique. Selon l'article 1er de l'arrêté du 22 mars 2010, il s'agit des périmètres suivants :

  1. 1.L'Angle de la Rivière Bretelle à la Route Nationale numéro 1, en allant vers Port-au-Prince, jusqu'à Chapigny, à l'entrée de Bon Repos
  2. 2. Le point B: 788 486.84 ; 2061596.09 et le point B1: 791360.24 ; 2063980.60 ;
  3. 3.Corail Cesselesse
  4. 4.Montet
  5. 5.Lerebours
  6. 6.Morne Saint Christophe
  7. 7.Latanier
  8. 8.Cocombre

Le 2 septembre 2010, le Président René Préval a pris un autre arrêté déclarant d'utilité publique, la surface délimitée au Nord par la Rue des Césars, au Sud, par la Rue St Honoré, à l'Est, par la Rue Capois et à l'Ouest, par le rivage de la mer.

Selon cet arrêté, le nouveau centre-ville de Port-au-Prince et les institutions publiques seront réaménagés dans les espaces ci-dessus délimités.

L'arrêté du 2 septembre 2010 a été très critiqué par la classe des affaires. Plusieurs propriétaires de Magasins se sont insurgés contre l'Etat qui semblait vouloir les exproprier. Des actions de plaidoyer ont été entreprises auprès des autorités concernées.

A son ascension au pouvoir, le Président Michel Joseph Martelly a décidé de donner suite aux requêtes des propriétaires de Magasins en affirmant que les espaces préalablement délimités par le Président René Préval étaient trop immenses pour accueillir les édifices publics. Corroborant ses déclarations, le Président Michel Joseph Martelly a abrogé l'arrêté du 2 septembre 2010. Par un nouvel arrêté pris le 25 mai 2012 et paru dans le Moniteur # 86 de 1er juin 2012, il a été décidé à l'article premier que :  

Sont déclarées d'Utilité Publique, les propriétés comprises dans l'aire définie comme suit : En partant de l'intersection de l'axe du boulevard Harry Truman et de l'axe de la rue Joseph Janvier, la ligne de démarcation longe l'axe de la rue Joseph Janvier jusqu'à l'axe de la rue du Magasin de l'État en direction de l'est, elle suit l'axe de la rue du Magasin de l'État en direction du nord jusqu'au milieu de l'îlot situé entre l'axe de la rue Saint-Honoré et l'axe de la rue du Champ-de-Mars. La ligne suit l'axe de la rue d'Ennery jusqu'à la rue de l'Enterrement.

La ligne suit l'axe de la rue de l'Enterrement en direction du sud jusqu'à l'axe de la rue Saint-Honoré, longe l'axe de la rue Saint-Honoré en direction de l'est jusqu'à l'axe de la rue de la Réunion, suit l'axe de la rue de la Réunion en direction du sud jusqu'à l'axe de la rue Charéron, suit l'axe de la rue Charéron en direction de l'est jusqu'à l'axe de la rue Monseigneur-Guilloux, suit la rue Monseigneur Guilloux en direction du nord jusqu'à l'axe de la rue de la Justice, suit l'axe de la rue de la Justice jusqu'à l'axe de la rue de la Réunion, suit l'axe de la rue de la Réunion jusqu'à l'axe de la rue des Ministères, suit l'axe de la rue des Ministères jusqu'à l'axe de la rue Monseigneur-Guilloux, suit l'axe de la rue Monseigneur-Guilloux jusqu'à l'axe de la rue Pavée.

La ligne suit l'axe de la rue Pavée jusqu'à l'axe de la rue de la Réunion en direction de l'ouest, suit l'axe de la rue de la Réunion en direction du sud jusqu'au milieu du bloc compris entre Paul VI et Champ-de-Mars, coupe les blocs au nord de l'axe de la rue du Champ-de-Mars en leur milieu jusqu'à l'axe de la rue du Magasin de l'État, suit l'axe de la rue du Magasin de l'État en direction nord jusqu'à l'axe de la rue Paul VI, suit l'axe de la rue Paul VI en direction de l'ouest, en ligne droite jusqu'à l'axe du boulevard Harry Truman, suit l'axe du Boulevard Harry Truman jusqu'à son intersection avec l'axe de la rue Joseph Janvier.

Les propriétés situées dans l'aire définie plus haut seront, selon cet arrêté, utilisées pour la construction d'édifices publics détruits par le séisme du 12 janvier 2010.

A partir du 6 avril 2013, le gouvernement Martelly / Lamothe a commencé la destruction des maisons situées notamment à la Rue de la Réunion et à la Rue Paul IV.

Des rencontres ont été réalisées avec les occupants notamment à l'Institut National d'Administration, de Gestion et de Hautes Etudes Internationales (INAGHEI). Au cours de ces rencontres, les occupants des maisons ont été invités à déposer les copies de leurs pièces à la Direction Générale des Impôts (DGI) et les originaux en l'étude du Notaire Jean Henry Céant pour justifier de leurs droits d'occupation.

Les pièces exigées sont :

  • Les Titres de propriété
  • Les Actes d'arpentage
  • Les Actes de décès (lorsque cela est nécessaire)
  • Les Certificats d'impôt locatif
  • Les Bordereaux (électricité, eau)

La démarche suivie par les autorités étatiques pour exproprier les habitants de ces zones est donc sommairement présentée aux concernés. En effet, les occupants doivent :

  • faire le dépôt des pièces
  • laisser l'espace dans le meilleur des délais
  • passer prendre le montant de leur dédommagement en l'étude du Notaire de Jean Henry Céant quand ils seront informés que le chèque est prêt.

Les propriétaires qui ont pu soumettre les pièces exigées ont reçu un montant fixé par les autorités. Il ne leur a pas été permis de remettre en question l'évaluation de leur maison ni le montant qui leur a été imposé. D'ailleurs, ce montant ne leur a été indiqué qu'au moment de recevoir le chèque. Conséquemment, ils sont nombreux ceux qui se plaignent de ce que le montant attribué est dérisoire et que leur maison a été sous-évaluée.

Par ailleurs, certaines maisons situées dans la zone délimitée par les rues de la Réunion, du Champs-de-Mars, du Centre et de Paul IV ont été identifiées depuis 2012 par la Direction Générale des Impôts (DGI) et le Ministère des Travaux Publics, Transport et Communication (MTPTC) avec un numéro. Par la suite, les propriétaires de ces maisons ont été invités à se rendre à la DGI pour déposer les copies de leurs pièces et en l'étude du Notaire Jean Henry Céant, pour y déposer les originaux.

Ces personnes n'ont pas encore reçu leur dédommagement mais vivent dans la peur d'être à n'importe quel moment expulsées, comme cela a été le cas de plusieurs victimes avant elles, expulsées sans avoir reçu un sou.

III.Relocalisation des victimes du séisme

Des espaces déclarés d'utilité publique, plusieurs ont été convertis en sites de relocalisation alors que d'autres ont tout simplement été envahis par la population. Ils sont situés dans des terrains vagues, inaptes à l'habitat ou dans des cuvettes menacées constamment par les intempéries.

Ces espaces se sont finalement mués en de grands bidonvilles dans lesquels survivre constitue un combat journalier. En effet, les conditions de vie y sont exécrables et sont aggravées notamment après que les organisations humanitaires aient décidé de stopper leurs interventions, la phase de l'urgence étant passée.

Dans certains sites, les comités de gestion essaient tant bien que mal de s'en sortir, mais, il est clair que les ressources financières font défaut surtout que les travaux à haute intensité de main d'œuvre, initiative des organisations humanitaires, n'existent plus. Conséquemment, aujourd'hui plus que jamais, les personnes déplacées sont livrées à elles-mêmes. Elles n'ont donc plus accès à l'eau, les sites ne sont pas régulièrement nettoyés et les toilettes, non curées.

1.Déplacement des victimes

Le 17 août 2011, le projet 16/6 est lancé par le Président Michel Joseph Martelly. Originellement, ce projet visait à réhabiliter seize (16) quartiers de Port-au-Prince et à y relocaliser les familles qui se sont réfugiées dans six (6) des plus grands camps situés à Port-au-Prince, à Delmas et à Pétion-ville au lendemain du séisme. Cependant, par la suite, le gouvernement Martelly / Lamothe décida d'élargir ses interventions aux autres camps de la zone métropolitaine.

Dans le cadre de ce projet, vingt mille (20.000) gourdes sont allouées aux familles pour la location d'une maison, pour une période d'une année. Le RNDDH a relevé certaines défaillances dans la mise en œuvre de ce projet 16/6 :

a.Vingt mille (20.000) gourdes ne peuvent permettre à une famille de se loger décemment pour une période d'une année, à moins que celle-ci ne se soit résignée à se rendre dans l'un des bidonvilles avoisinant la zone métropolitaine.

b.Certaines victimes du séisme se sont arrangées pour recevoir deux (2) fois le montant qui devait leur être attribué. Pour ce faire, des astuces ont été utilisées. Par exemple, des familles se sont scindées, d'autres victimes qui n'avaient jamais hébergé sur les lieux d'intervention, se sont pointées pour réclamer le montant. Ainsi, des personnes déplacées ont été écartées pour présomption de fraude alors qu'elles n'étaient en rien impliquées dans les magouilles des autres.

c.Des organisations intervenant dans le processus de déplacement de victimes et de location de maisons ont promis aux victimes recensées la somme de vingt mille (20.000) gourdes pour ensuite leur en donner moins. A titre d'exemples :

oEn août 2013, lors du déplacement des résidents du camp de Delmas 60, au moins deux (2) responsables de familles recensés par le RNDDH ont été invités par l'organisation intervenante, à partager entre eux la somme de vingt mille (20.000) gourdes. Ils ont chacun reçu dix mille (10.000) gourdes.

oLe 14 novembre 2013, la Mairie de Delmas a affiché une liste de dix sept (17) familles approuvées pour bénéficier du montant alloué au déplacement. Elles vivaient au camp Désilag / Tèt Ansanm, situé à Delmas 56. Cependant, huit (8) familles ont été placées dans une catégorie spéciale et devaient recevoir chacune dix mille (10.000) gourdes. Elles ont dû s'arranger pour cohabiter. De plus, trente-deux (32) familles enregistrées n'ont pas été sélectionnées pour bénéficier du montant. Elles vivent encore sur le camp Désilag / Tèt Ansanm et risquent à tout moment d'être expulsées.

2.Situation des sites de relocalisation et des camps d'hébergement

Aujourd'hui encore, cent soixante onze mille neuf cent soixante quatorze (171.974) déplacés dont quatre vingt neuf mille cinq cent cinquante quatre (89.554) femmes et quatre vingt deux mille quatre cent vingt (82.420) hommes[1] vivent dans les camps d'hébergement et les sites de relocalisation qui sont au nombre de trois cent six (306).

a.Site de relocalisation Corail Cesselesse

Le 10 avril 2010, soit le lendemain de la publication de la décision relative à la déclaration d'utilité publique du terrain Corail Cesselesse, le site a été ouvert à la réception des victimes du séisme. Il compte aujourd'hui au moins deux mille cent quatorze (2.114) familles pour neuf mille cent quatorze (9.114) personnes dont quatre mille sept cent trente-neuf (4.739) femmes et quatre mille trois cent soixante-quinze (4.375) hommes. Réparti en six (6) blocs, le site dispose d'un établissement scolaire qui fonctionne en deux (2) vacations et assure la formation académique de la première à la neuvième année fondamentale. Cet établissement scolaire, mis en place à l'initiative de l'UNCOR et de Save The Children, emploie, pour la formation des enfants, trente-trois (33) enseignants et l'Etat haïtien subventionne la formation académique de la première à la sixième année fondamentale.

Le terrain de Corail Cesselesse est dépourvu d'arbres. Les victimes, aujourd'hui installées dans des abris transitionnels, ne bénéficient pas de l'ombre. Elles n'ont pas non plus accès au loisir. Elles se confinent chez elles jusqu'en fin de journée, le moment où la chaleur devient supportable.

Pour l'alimentation en eau, le comité de gestion du site de relocalisation Corail Cesselesse achète l'eau par camion pour la revendre à cinq (5) gourdes le seau de cinq (5) gallons.

b.Site de relocalisation Village Saint Louis de Carradeux

Le site de relocalisation Village Saint Louis de Carradeux est situé à Puits Blain. Divisé en dix (10) blocs, ce site compte mille cinq cent soixante douze (1.572) familles réparties dans huit cent trois (803) abris transitionnels, offerts par Catholic Relief Services (CRS).

Le site dispose un établissement scolaire, dénommé Institution Mixte le Phare de Carradeux qui offre une formation académique allant de la première à la sixième année fondamentale. Cet établissement scolaire comptait en octobre 2013, cent treize (113) élèves. Créé par des victimes de concert avec le comité de gestion, cet établissement scolaire a été reconstruit par Catholic Relief Services (CRS) et a reçu un don en livres de la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH).

Le site n'est pas alimenté en eau potable. Les personnes qui y vivent sont donc tenues d'acheter la jarre de cinq (5) gallons à trois (3) gourdes.

 c.Site de relocalisation Canaan / Jérusalem

Le site de relocalisation Canaan / Jérusalem, divisé en sept (7) secteurs, n'a pas été aménagé par les autorités étatiques avant de recevoir les victimes. Conséquemment, le chaos qui y règne est pire qu'au site Corail Cesselesse.

A Canaan / Jérusalem, la population vit sous des tentes confectionnées de bâches sales, rapiécées de bouts de tissus absorbant, au cours de la journée, une forte chaleur.

Le 19 mai 2011, le Président Michel Joseph Martelly s'est rendu à Canaan II et a promis à la population d'urbaniser la zone, en construisant des maisons, des routes et en électrifiant le site. Pour donner suite à ces promesses, un comité de trente-quatre (34) membres a été mis en place. Cependant, à nos jours, les travaux n'ont pas encore commencé.

d.Camps d'hébergement

Les conditions de vie dans les camps d'hébergement sont pires que dans les sites de relocalisation. En plus de la promiscuité, de la saleté, de l'absence d'encadrement des occupants par les organisations humanitaires, les personnes déplacées font face à la menace constante d'expulsions forcées et leur situation sécuritaire est très précaire.

 3.Expulsions Forcées des victimes

 Les opérations d'expulsions forcées ont commencé en juillet 2010, d'abord timidement par les propriétaires des espaces privés qui ont été envahis par les victimes, pour prendre une ampleur jamais imaginée, avec l'implication des autorités étatiques. A date, au moins soixante quatre mille deux cent quatre vingt quinze (64.295)[2] personnes ont été victimes des évictions forcées.

 Au cours de l'année 2013 seulement, l'Organisation Internationale de la Migration (OIM), le Groupe d'Appui aux Réfugiés et aux Rapatriés (GARR) et le RNDDH ont recensé plusieurs cas d'expulsions forcées, de tentatives d'expulsions forcées ou de menaces, perpétrés contre la population des camps avec la complicité des autorités. En voici quelques exemples relevés dans les sites ci-après indiqués [3] :

  • Le 12 janvier 2013, camp de la Place Sainte Anne
  • Le 1er février 2013, le Village Gaston Margron
  • Le 16 février 2013, le camp Acra1
  • Le 17 février 2013, le camp Acra 2
  • Le 9 avril 2013, le camp Saint Christophe
  • le 13 avril 2013, le camp de Delmas 33
  • Le 5 juin 2013, le camp Bristou à Pétion-ville
  • Le 17 juin 2013, le camp Trazeli, à Gérald Bataille
  • le 14 juillet 2013, le camp Neptune
  • le 19 juillet 2013, le Village Lamentin
  • le 24 juillet 2013, le camp Camep de Delmas 24
  • Le 24 juillet 2013, le camp Boliman Brant de Delmas 2
  • Le 31 août 2013, le camp Saint Christophe
  • Le 4 septembre 2013, le camp Saint Christophe
  • Le 7 septembre 2013, le camp de Cabaret

 Lors des expulsions susmentionnées, les effets des personnes déplacées ont été saccagés, incendiés, jetés ou détruits.

 Les cas les plus frappants retraçant l'implication des autorités étatiques sont les camps Acra 1 et Acra 2. En effet, à la veille du sommet de la Communauté Economique des Caraïbes (CARICOM) tenu en Haïti les 18 et 19 février 2013, ces camps ont été incendiés et leurs occupants, forcés de se réfugier ailleurs. Situés à vue d'œil, ils auraient mieux que tout discours, démenti les propagandes mensongères du gouvernement Martelly / Lamothe. Depuis, Acra 1 a été vidé de sa population. Plusieurs victimes de Acra 2 se sont réfugiées chez des amis ou des membres de leur famille. D'autres sont aujourd'hui encore sur le camp car, ils ne savent où aller. Ils sont aujourd'hui estimés à sept cent vingt cinq (725) personnes et risquent à tout moment d'être expulsés.

 IV. Reconstruction et réaménagement des bâtiments

 Le gouvernement Martelly / Lamothe a déclaré à plusieurs reprises que le pays est en chantier, affirmant par là que la reconstruction d'Haïti a démarré. Un coup d'œil sur les états d'avancement de ces travaux s'avère donc nécessaire.  

1.Construction et inauguration du Village Lumane Casimir

 Le 16 mai 2013, le Président Michel Joseph Martelly a procédé à l'inauguration partielle d'un village baptisé Village Lumane Casimir. Ce village devra, à son achèvement, avoir la capacité d'accueillir trois mille (3.000) familles et coûtera environ quarante millions (40.000.000) dollars américains. La direction des travaux est confiée à l'Unité de Construction de Logements et de Bâtiments Publics (UCLBP). Les travaux ont démarré en décembre 2011 et doivent être achevés en 2014.

 Le 20 décembre 2013, des personnes dont des agents de la Police Nationale d'Haïti (PNH), ont reçu une clé, les autorisant à accéder à leur maison. Toutefois, certains agents de la PNH ont été, en coulisse, informés que la distribution était symbolique et invités à rendre les clés. Ce qu'ils refusent catégoriquement de faire.

 2.Réaménagement du bidonville Jalousie

 Jalousie est un grand bidonville qui surplombe le centre de Pétion-ville. Les maisons qui le constituent sont construites dans le flanc du Morne l'Hôpital, dans des pentes abruptes et des cuvettes. Il est situé en face de l'hôtel cinq (5) étoiles dénommé Le Continental Oasis.

 Jalousie accueille des milliers de familles et est considéré par les experts comme étant une zone à hauts risques, exposée au séisme, aux glissements de terrain, aux éboulements, etc.

 Selon le Ministre des Affaires Etrangères, Pierre Richard Casimir, dans le cadre d'un projet dénommé Jalousie en Couleurs et dont le montant est issu des fonds du programme Pétro Caribe et d'une subvention en provenance de l'Uruguay et dont personne n'avait au préalable entendu parler, le gouvernement Martelly / Lamothe est, au cours de l'année 2013, intervenu à Jalousie en coloriant certaines maisons, sans prendre en compte les dangers auxquels la population de ce bidonville est exposée.

 3.Constructions en cours

 Le RNDDH a documenté l'état d'avancement des travaux de construction des bâtiments devant être érigés dans la zone métropolitaine. Les coûts de construction, financés par les fonds du programme Petro Caribe et par le Trésor Public sont estimés à environ cent quarante millions (140.000.000) dollars américains[4] .

 Les bâtiments publics dont il s'agit sont entre autres :

  •  Le Ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales
  •  Le Ministère du Commerce et de l'industrie
  •  Le Ministère des Affaires Etrangères
  •  Le Palais des Finances
  •  Le Palais Législatif
  •  La Cour de Cassation
  •  La Villa d'Accueil

a.Le Ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales

 Les travaux de construction du Ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales ont démarré en juillet 2012 et doivent être remis en janvier 2014, ce mois-ci. Ils ont été confiés à une compagnie dominicaine dénommée Constructora ROFI S.A.

Le bâtiment doit comporter sept (7) étages. Ils en sont au troisième. Selon les autorités, les travaux sont avancés à 40 %. Mais, les personnes rencontrées font état de 30 %.

b.Le Ministère du Commerce et de l'Industrie

Les travaux de construction du Ministère du Commerce et de l'Industrie ont commencé vers la fin de l'année 2012. Ils sont confiés à la compagnie dominicaine Constructora ROFI S.A.. Le bâtiment devra être remis en mai 2014. Il s'agit d'un bâtiment constitué de neuf (9) étages. Aujourd'hui, ils en sont au quatrième étage. Selon les personnes rencontrées, les travaux sont à 65 % d'avancement.

c.Le Ministère des Affaires étrangères

 Les travaux de construction du Ministère des Affaires étrangères ont été confiés à la compagnie dominicaine Constructora HADOM E.I.R.I. Les travaux ont débuté en décembre 2012 et doivent être remis en mars 2014. Les trous de la fondation sont en train d'être percés. Les autorités estiment que les travaux sont à 12 % d'avancement.

d.Le Palais des Finances

 Le Palais des Finances comprendra les bâtiments du Ministère de l'Economie et des Finances, de l'Administration Générale des Douanes (AGD) et de la Direction Générale des Impôts (DGI). Les travaux ont été confiés à la compagnie taïwanaise dénommée Overseas Engineering Construction And Co (OECC). Il s'agira d'un édifice de sept (7) étages. Rien n'est encore fait.

e.Le Palais Législatif

Les travaux du Palais Législatif ont débuté en mars 2013 et doivent prendre fin en janvier 2015. Le bâtiment sera constitué de neuf (9) étages dont la construction a été confiée à la compagnie dominicaine Constructora HADOM E.I.R.I.. Selon les personnes rencontrées, seule la base du bâtiment est à date faite.

f.La Cour de Cassation

A date, seuls des travaux de consolidation de sol ont été réalisés. La base du bâtiment devant accueillir la Cour de Cassation est donc jetée. Les travaux sont confiés à la firme taïwanaise Overseas Engineering Construction And Co (OECC) qui s'est engagée à remettre le bâtiment en août 2014.

g.La Villa d'Accueil.

Les travaux de la Villa d'Accueil sont confiés à la compagnie dominicaine Constructora ROFI S.A. Ils ont démarré en novembre 2012 et doivent prendre fin en mai 2014.

4.Réaménagement de Bâtiments Culturels

Le gouvernement Martelly / Lamothe a promis au cours de l'année 2013 d'entamer la construction de plusieurs bâtiments culturels comme le Rex Théâtre et le Ciné ThéâtreTriomphe. En effet, le Ministère de la Culture avait promis de réhabiliter ces bâtiments qui devaient être rouverts à la fin de l'année 2013. A date, les travaux n'ont pas encore commencé au Rex Théâtre et ont timidement commencé au Ciné ThéâtreTriomphe.                                                                                                                                    

IV.Disparition de la CIRH

 La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d'Haïti (CIRH) a été créée au lendemain du séisme, à la faveur de la Loi sur l'Etat d'Urgence du 19 avril 2010, en vue de mettre en œuvre le plan de développement pour Haïti portant sur l’éducation, le logement transitionnel, le logement permanent, l’agriculture, etc., de donner son approbation à des propositions de projets évalués en fonction de leur conformité avec le plan de développement pour Haïti, d’élaborer et de solliciter des projets compatibles avec les priorités du plan de développement pour Haïti et de décider de la recevabilité des soumissions externes.

 Composée de vingt neuf (29) membres dont treize (13) étrangers et créée pour une durée de dix-huit (18) mois, cette commission était dès le départ vouée à l'échec car, elle était inconstitutionnelle et accordait à ces étrangers investis de la mission de représenter les pays donateurs et les organisations internationales, les pleins pouvoirs en ce qui a trait à des décisions importantes relatives à la reconstruction du pays.

Jusqu'à sa disparition, la CIRH a fonctionné dans l'opacité la plus totale. Ses seules activités visibles ont été les réunions onéreuses et houleuses au cours desquelles les différentes personnalités qui y siégeaient n'arrivaient pas à s'entendre.

De plus, des projets estimés à plusieurs millions de dollars américains ont été votés dans l'absence de transparence et approuvés par la CIRH dont notamment : la gestion locale des risques et désastres, la démolition de bâtiments, l'enlèvement de débris, etc. Conséquemment, de sa création à sa disparition, les résultats des travaux effectués par cette commission ne sont ni visibles, ni connus. Sans tambour ni trompette, la CIRH a disparu, ne laissant derrière elle, aucune empreinte de son existence passée.

V.Création du Cadre de Coopération de l'Aide Externe au Développement (CAED)

Le 26 novembre 2012, le gouvernement Martelly - Lamothe a procédé à la création du Cadre de Coopération de l'Aide Externe au Développement (CAED) intégré au Ministère de la Planification et de la Coopération Externes. Cette structure est supposée remplacer la CIRH.

VI.Conclusions

Le séisme du 12 janvier 2010 à offert aux haïtiens l'opportunité de reconstruire le pays. En ce sens, le RNDDH prend acte du lancement par le gouvernement Martelly / Lamothe des travaux de construction de bâtiments débutés dans le département de l'Ouest cependant, l'organisation affirme que quatre (4) ans après, les bases de la reconstruction du pays ne sont que timidement jetées. D'une part, rien ne garantit que la population soit mieux préparée à affronter les catastrophes naturelles. En effet, des séances de sensibilisation et de formation se sont multipliées partout dans le pays, exhortant la population à la vigilance, cependant, les dernières intempéries qui ont touché le pays prouvent, par le nombre de victimes, que la population haïtienne, notamment, celle qui vit sous les tentes et dans les abris semi-temporels, est très vulnérable. D'autre part, les autorités étatiques semblent avoir décidé de ne pas prendre en compte les recommandations de plusieurs organisations de droits humains qui ont plaidé pour une reconstruction axée sur les droits humains, devant prendre en compte la participation de tous, notamment des personnes à besoins spécifiques dont le nombre a augmenté en raison du séisme.

Les maigres impacts enregistrés dans le cadre de la reconstruction concernent les interventions réalisées, sur une base participative, par les organisations nationales de concert avec les organisations internationales.

Au nombre de trois cent six (306), les sites de relocalisation et les camps d'hébergement accueillent cent soixante onze mille neuf cent soixante quatorze (171.974) personnes déplacés. Ces personnes vivent dans des conditions infrahumaines et tentent au jour le jour, de survivre.

Avec le départ des organisations internationales humanitaires, la ruée des expatriés a cessé. Ces derniers, des experts toutes catégories confondues, se sont enrichis au détriment de la population haïtienne qui pourtant aurait pu bénéficier de ces activités génératrices de revenus pour se relever.

Le gouvernement Martelly / Lamothe, au lieu d'adopter des mesures visant à aider les personnes démunies, a choisi des mesures cosmétiques comme par exemple la peinture du bidonville Jalousie exposé aux risques sismiques et atmosphériques et la subvention de la location d'une maison à certaines victimes qui occupaient les camps.

Avec maladresse et dans l'irrespect total des droits des propriétaires, les personnes qui habitaient dans les zones déclarées d'utilité publique par le gouvernement Préval / Bellerive d'une part et par le gouvernement Martelly / Lamothe d'autre part, ont été encore une fois victimes. Elles n'ont pas été informées des décisions prises à leur encontre et elles se sont vu imposer une somme d'argent pour leur expropriation. C'est d'ailleurs pourquoi des manifestations ont été organisées par les propriétaires qui protestaient contre les méthodes peu orthodoxes des autorités étatiques.

Au détriment des firmes haïtiennes de construction, les travaux recensés dans le cadre de ce rapport, ont été confiés à des firmes étrangères avec une préférence accentuée pour les firmes dominicaines, comme si les firmes haïtiennes existantes ne peuvent réaliser les grands travaux de construction. Ce faisant, le gouvernement Martelly / Lamothe a réduit des opportunités d'emploi dont les haïtiens auraient pu profiter et a ouvert le marché de l'emploi, déjà très restreint, aux étrangers.

Par ailleurs, le Président Michel Joseph Martelly présente le projet 16/6 comme étant le plus grand succès jamais réalisé par son gouvernement. La propagande onéreuse et mensongère qui a entouré et qui entoure encore la mise en œuvre du projet 16/6 a dû coûter presqu'autant que le montant du projet lui-même. Pourtant le gouvernement Martelly / Lamothe n'est pas parvenu à résoudre le problème de logement à travers ce projet pour la seule raison que celui-ci n'était pas issu d'une politique générale qui tient compte des questions de droits humains.

Il est donc clair que pour les organisations de droits humains, le projet 16/6 a constitué un palliatif au problème du logement rendu plus évident par le séisme du 12 janvier 2010. Lors même que le nombre des personnes déplacées a diminué et que les espaces publics et les établissements scolaires ont été vidés de leur population, le problème du droit au logement reste entier. Sa résolution ne semble pas être pour demain.

Il est déplorable que les dirigeants haïtiens n'aient pas compris que la reconstruction doit commencer à la base c'est à dire d'abord avec la formation d'une nouvelle citoyenneté, porteuse de la refondation et du développement définitif d'Haïti. Ce n'est qu'ainsi qu'Haïti cessera à jamais d'être un pays quémandeur et passera du rang de pays de consommation à celui de pays de production.

RNDDH 10 Janvier 2014


[1] Sources :      Matrice de Suivi du Déplacement, version actualisée, 30 septembre 2013                                 

Organisation Internationale de la Migration (OIM)

                        Inter-Agency Standing Committee (IASC)

                        Amnesty International

[2] Source :          Rapò Pasyèl sou ekspilsyon fòse ki fèt nan zòn metropolitèn sòti janvye rive                                 septanm, 2013, Kolektif Òganizasyon k ap Defann Dwa Lojman GARR, POHDH,                                PAPDA, DOP, SJR-Ayiti, FRAKKA, septembre 2013

                      Nulle part où aller, expulsions forcées dans les camps pour Personnes déplacées                             d'Haïti, avril 2013

 [3] Sources :        idem  

[4] Source : www.uclpb.gouv.ht